2021 aura été une année des plus particulières pour les startups et les investisseurs, alors que la crise sanitaire perdure et que le contexte économique global reste incertain.

Les fonds levés par les startups à l’international atteignent des records et les valorisations sont de plus en plus élevées. Dans les faits, nous n’avons jamais vu apparaître autant de licornes que cette année, avec 26 au Royaume Uni, 19 en Allemagne ou encore 14 en France. Néanmoins, ne nous réjouissons pas trop vite. Le Fonds d’Investissement Européen alerte d’une envolée des valorisations qui ne sont pas toujours justifiées.

Bulle Startup

Les valorisations des startups de l’écosystème français atteignent des sommets en 2021 – La French Tech

 

 

Simple illusion ou vraie reprise économique basée sur l’innovation ?

En janvier 2021, le doute est omniprésent. En Europe, l’entrée en vigueur du Brexit marque la fin de la libre circulation outre-manche et remet en question les partenariats économiques. Dans le reste du monde, les déplacements internationaux restent compliqués et la croissance économique peine. Quelques mois plus tard, les investissements VC dépassent des records historiques et l’année 2021 enregistre déjà presque deux fois plus de fonds levés que 2020. En Europe, le VC pourrait en effet se diriger vers une bulle, comme nous avons pu l’observer en 1999.

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Jamais autant de fonds levés qu’en 2021, le double de 2020 – La French Tech

 

L’écosystème européen : plus mature et homogène ou bulle spéculative ?

Les valorisations des startups européennes et l’activité des fonds européen se rapprochent des niveaux d’écosystèmes matures tels que les États Unis. Il alors convient de se demander si nous ne serions pas à l’aube d’une nouvelle bulle spéculative sur la valeur des jeunes entreprises.

Cela ne serait pas la première fois qu’un tel phénomène se produit dans l’histoire économique. D’autant plus que nous retrouvons aujourd’hui un certain nombre de facteurs communs aux plus grandes crises de ces derniers siècles : la confiance, la quête de profit, une abondance des fonds disponibles – notamment avec l’augmentation des investissements étrangers en Europe – et un phénomène d’inflation. 

Cette potentielle nouvelle bulle du 21ème siècle, basée sur l’innovation et les startups, nous rappelle l’analyse formulée par Schumpeter dans son ouvrage Business Cycles de 1939. Il définissait le début du cycle par l’apparition d’une grappe d’innovations majeures menée par des “essaims d’entrepreneurs”. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Les jeunes pousses prennent le relai dans un phénomène de destruction créatrice. À un détail près. L’abondance des crédits bancaires des années 40 est aujourd’hui remplacée par une abondance des fonds de capital-risque. Si la « phase B » du cycle de Schumpeter n’est pas encore à l’ordre du jour – caractérisée par un essoufflement de l’innovation – elle ne saurait tarder si les valorisations se détachent toujours plus de la réalité des marchés.

 

Bulle spéculative ?

Une bulle spéculative est définie par l’augmentation exponentielle de la valeur d’un actif. De récents exemples de bulles spéculatives sont la bulle internet des années 2000 ou plus récemment la bulle des cryptomonnaies.

La dot-com bubble a suscité une ruée des investissements dans les nouvelles technologies d’information et de communication, accompagnée par une hausse des valorisations et des fonds levés. En complément, cela a entraîné une forte augmentation des créations d’entreprises, qui ont pu accéder facilement au financement, mais dont une infime partie a survécu à l’explosion de la bulle.

La récente bulle des cryptomonnaies se caractérise par l’envol de la valeur des actifs, l’emballement de la population et de la médiatisation, puis la chute de 80% de la valeur du marché. Depuis plusieurs années, nous avons tous lu ou entendu “le Bitcoin passera la barre des 100k euros cette année”.

Autre dénominateur commun des grandes crises économiques passées : l’engouement déraisonné des investisseurs, ou l’effet FOMO.

 

FOMO, quésako ?

La peur de rater quelque chose – un événement, une information, une opportunité -, en anglais “Fear of missing out”. C’est devenu l’un des phénomènes les plus caractéristiques de l’investissement spéculatif, surtout dans le monde des startups, mais aussi dans les cryptomonnaies. 

Les investisseurs se battent corps et âme pour entrer au capital des scale-ups les plus en vogue du marché, pour ne pas passer à côté des tendances. Le phénomène de FOMO ne fait que trop écho au mimétisme défini par Keynes dans sa Théorie Générale : la logique réelle de l’investissement est mise de côté au profit de l’opinion spéculative du marché. À partir du moment où les comportements des investisseurs se fondent sur l’opinion de masse, le cours n’est plus lié à la valeur fondamentale de l’entreprise.

D’ordre général, les courbes des différents actifs phares de l’investissement, comme les principaux indices boursiers, l’or, l’immobilier, ou les cryptomonnaies, semblent tendre vers des mouvements haussiers similaires. 

Plusieurs éléments communs aux bulles historiques sont au rendez-vous aujourd’hui. Des valorisations qui atteignent des plafonds inédits, une abondance de fonds, une accélération de la création d’entreprises et un effet FOMO avec l’accès aux investissements démocratisé par les nouvelles technologies.

Spéculation ou précipitation, ces bulles ont causé des pertes considérables pour les investisseurs, et sont à l’origine de nombreuses faillites bancaires.

 

Mais concrètement, quelles seraient les conséquences d’une bulle spéculative ?

L’éclatement d’une bulle est synonyme de la chute considérable de la valeur d’un actif. 

Pour les investisseurs, cela signifierait une diminution importante de la valeur de leurs investissements, qui impacterait de manière significative leur retour sur investissement espéré. Cela signifierait également un sur-investissement comparé à la participation au capital attribuée. 

Pour les entreprises, une correction de la valorisation serait synonyme d’un retour à la réalité. 

Dans ce contexte, la question de la capacité de l’entreprise à générer des revenus dans le futur pour générer un retour sur investissement est primordiale, et l’utilisation cohérente des fonds est plus importante que jamais. Une mauvaise utilisation pourrait provoquer des dettes et dans le plus sombre des cas, la faillite de l’entreprise.

Enfin, la négociation des clauses du pacte d’actionnaires est également essentielle. Pourquoi ? Afin de garantir qu’une survalorisation, ou qu’un montant trop important de fonds collectés, ne pourrait pas se transformer en une dilution trop importante ou inintéressante pour les startups. Le format des titres émis pourrait également influer sur ce dernier avertissement, avec par exemple les formalités d’augmentation de capital différées dans le cas des titres convertibles comme les bons de souscription d’actions.

 

Valoriser correctement, un deal gagnant

Pour les entreprises, comme les investisseurs, la valorisation prend encore plus son sens pendant des périodes incertaines. Une mauvaise valorisation peut être fatale et il est très important de ne pas négliger ni bâcler l’exercice afin de garantir la sécurité de l’opération de levée de fonds/d’ouverture du capital à de nouveaux acteurs. L’effet FOMO provoque parfois une accélération des processus d’analyse de l’entreprise et de due diligence, pourtant indispensables pour s’assurer de l’alignement des ambitions de l’entreprise et de l’investisseur. Une valorisation juste permettra de ne pas voir la valeur des parts diminuer, d’obtenir une table de capitalisation saine, de ne pas empêcher de futures opérations et surtout d’éviter que le deal provoque des pertes pour toutes les parties prenantes.

 

L’extra financier ne se dévalorise pas

Plus l’entreprise est jeune, plus le risque est élevé. Les trésoreries sont courtes, les business models à confirmer, les marchés à gagner et la stratégie à tester.

Lorsque l’on parle de valorisation pour une startup early-stage, appliquer des méthodes adaptées permet de mettre en avant d’autres dimensions au-delà de l’analyse des données financières. C’est un réflexe encore trop peu démocratisé mais que tout investisseur ou entrepreneur moderne devrait avoir. 

Premièrement, le chiffre d’affaires, l’EBE et le résultat net des jeunes entreprises ne sont pas les métriques illustrant le mieux leur activité. Deuxièmement, leurs prévisions financières sont généralement imprécises et basées sur des projections. Enfin, les modèles d’affaires et les business plans sont également en constante évolution et remise en question.

Par conséquent, il est essentiel d’intégrer des méthodes basées sur l’analyse de critères extra financiers, tels que la qualité de l’équipe, le caractère de l’innovation, ou la stratégie d’exécution, pour tendre davantage vers la valeur intrinsèque et objective d’une jeune pousse. Ces facteurs, « épargnés » des spéculations et des tendances, reflètent la valeur au plus juste. Enfin, avoir recours à des données sectorielles permet également d’appliquer des comparables en fonction de la maturité et du marché dans lequel une entreprise opère. 

En complément des méthodes basées sur le marché et des données financières, appliquer des méthodes extra financières permet non seulement de mettre en évidence la juste valeur sur le marché d’une startup, mais aussi d’éviter le risque de surévaluation ou de sous évaluation dans les périodes économiques instables. 

 

Article rédigé par Clément Viry et Carla Daubet – Estimeo